Deux choses en même temps

 

 

Je conduis en parallèle des travaux sur des toiles libres de grands formats, et sur des supports aux dimensions plus modestes et tendus sur châssis ; ces deux formes sont complémentaires et contribuent avec leurs caractères à la formation de mon travail.

Les premiers privilégient des organisations plus larges avec des espacements accrus entre les couleurs, tandis que dans les toiles tendues, où la prise en charge des limites se trouve accentuée, le resserrement des formes conduit à des effets de concentration et de saturation plus importants. Mais, à vrai dire, ces deux façons de procéder doivent-elles être remarquées ? Hormis les supports avec leurs dimensions, il semble que ce soit bien le même travail de fond qui se trouve poursuivi ; néanmoins, je ne peux les fondre, ne serait-ce que parce que chacune s’exerce en des lieux distincts et qu’elles s’opposent sensiblement.

Les peintures sur toiles libres, entreprises voici quelques années, me permettaient d’effectuer de grands formats sans me soumettre au montage fastidieux sur un châssis, et cette entreprise se trouvait facilitée par les dimensions appropriées du local dont j’avais fait mon atelier. Je ne les plaçais, pas plus qu’aujourd’hui, dans la continuité (rejointe) des travaux menés dans les années 70, quand peindre sur une toile non tendue prenait valeur quasi militante.

Il se trouva que cette forme, préservant les caractères et effets apparents de la toile, souplesse, marques des plis, rétraction du textile au voisinage des couleurs, prit peu à peu une place suffisante dans mon travail, pour être remarquée et sciemment distinguée des peintures tendues, aux formats plus modestes.

Pour ces dernières, je les concevais longtemps ainsi des extraits densifiés des travaux plus vastes, maintenant ce n’est plus le cas ; je reprends les mêmes figures que je dois adapter à des circonstances matérielles et spatiales nouvelles, avec toutes les questions d’adaptation que cela soulève.

Ce n’est en rien une transposition, mais la nécessité d’un autre positionnement et d’une gestualité différente qui est apparue et à laquelle je me soumets. Comment déplacer et faire, au gré de ce déplacement, une chose avec une autre… Diviser un en deux.

De la même façon, les peintures sur support tendu peuvent trouver leurs prolongements sur des toiles libres, avec tout ce que cela comporte d’apparitions de formations inédites. 

 

Je recherche des modes d’approches susceptibles d’ouvrir la pratique picturale à des conceptions et à des modes de productions inédits, non pas prémédités, mais dégagés dans son exercice même et se découvrir déjà effectifs. 

Ma prise de conscience est ultérieure à leur venue et demande pour l’ajustement nécessaire la reconsidération de ce qui aura précédé.

 

 

S.F. 02-10-2018