Serge Faucher 1971  6,00m x 1,00m
Serge Faucher 1971 6,00m x 1,00m

 

 

 Serge Faucher  fecit

 

 

Quand j’arrivais à l’école des Beaux-arts, en 1968, je modifiai mon patronyme en ôtant une voyelle, la seule, de surcroît, à être pointée.

Dans le même temps, je commençai à peindre et à montrer mes travaux sous le nom de Faucher. Durant une dizaine d’années, je participai à de nombreuses expositions, dont quelques-unes dans des lieux nimbés, à l’époque, de suffisamment de prestige pour me valoir certaines reconnaissance et notoriété.

 

A la sortie d’une période de doute et de mal être, durant laquelle j’ai maintenant le sentiment d’avoir abdiqué pas mal d’illusions, je voulus poursuivre mon travail sur des bases différentes et dans le même temps j’abandonnai Faucher un jour de janvier pour reprendre mon patronyme.

 

Je ne dis pas que la suite fut facile, à vouloir construire quelque chose sur des bases qui feraient l’impasse sur tout ce que j’avais peint jusqu’alors…

 

J’oubliais Faucher jusqu’à ce jour récent où je le rencontrai sur le Net. Il existait donc toujours, comme s’il avait poursuivi sa carrière en mon absence : passage d’œuvres à Sotheby’s et Christie’s, mentions persistantes des activités passées, mais sans aucune notation d’ordre biographique (et pour cause) postérieure à 1980. 

Ce fut ainsi une retrouvaille avec l’autre que l’on a bien connu, un autre soi-même qui se serait éloigné pour faire retour et se représenter au jour où il n’était pas attendu. 

L’envie de reconsidérer toute cette époque se trouva avivée, mais son élan malgré tout tempéré par la distance, l’épaisseur des années.

 

J’en viens à me demander maintenant si mon engagement en peinture eut été le même sans la suspension de cette simple voyelle ; conservant mon patronyme, aurais-je éprouvé les mêmes désirs et déployé les mêmes efforts ?

 

En d’autres mots, Fauchier, à ce moment-là, aurait-il peint comme le fit Faucher ?

 

Un afflux de mémoire s’ensuivit, concernant cette période de mon existence marquée par une liberté, un dégagement vis-à-vis des choses, bien plus grands que la suite ne le permit… Faucher, en son temps, ouvrit des pistes dont je ne sus sans doute pas profiter.

Faucher peignit toute la série des peintures dites à " bâtonnets " : peut-être 500 toiles dont il reste qu’une centaine, le reste détruit, dispersé ou perdu. 

 

Convaincu maintenant d’un attachement à cette identité que pour peu j’aurais presque oubliée, voici que mon trouble se trouva encore accentué par l’arrivée dans mon travail actuel, ces derniers mois, de traitements picturaux proches de ceux qui marquèrent les " années Faucher" ; trouble, à me trouver ainsi poursuivre dans la continuité de peintures entreprises voici trente ans. 

Mes tentatives pour m’échapper auraient donc été vaines ?

 

Et cette voyelle, je découvre qu’elle ne disparut pas totalement, bien au contraire : n’est-ce pas elle que l’on découvre, dépourvue de point et à la forme d’un bâtonnet, multipliée aux surfaces de toutes mes peintures jusqu’en 1978 ?

N’est-ce pas elle qui persiste aujourd’hui renversée ou dressée dans mes lignes sans fin et leurs segments suspendus ?

Le point a sauté, mais sachant qu’il est la marque d’un terme, tant celui de la lettre que celui de la ligne, aux effets de ce que je peins je ne paraîtrai pas surpris de sa disparition.

 

Ce " i ", maintenant que j’ai repris mon premier patronyme répond à la sonorité aigüe qui le traverse, on n’entend que lui ! J‘aimerais croire qu’il crie la présence de ce je peins au milieu de mon nom.

 

                                                                                   *

 

Avec le recul actuel, qu’est-ce qui dans le fond se peignit, sous couvert de commentaires qui m’apparaissent maintenant très (trop) marqués par l’époque ?

Sûrement, il y eut une volonté de table rase pour un départ effectué depuis le seul tracé, la seule marque du pinceau, partir au degré zéro pour enfin commencer.

Si je reprends l’énumération des opérations effectuées et telles que je les rapportais dans quelques écrits : superpositions de couleurs, permutations, rythmes dans la surface, éclatements, dispersions, alignements, ranger, déranger, je me rends bien compte que j’essayais de mettre à jour les données nouvelles sur lesquelles établir une pratique picturale sans passé ni référents.

 

( Le critique d’art et poète Jacques Lepage écrivait dans la revue Opus International, à propos de ma première exposition, à la galerie du Fleuve tenue par J.L.Froment, à Bordeaux, en 1973 : " …Un travail précis, analytique, au moyen d’un vocabulaire volontairement restreint. Une ambition ouverte à une problématique où Serge Faucher doit dégager des voies nouvelles.") 

 

Néanmoins, les surfaces étaient modulées, les couleurs choisies pour rythmer, ponctuer les étendues ; les peintures existaient visuellement et fortement, par-delà ma volonté de les donner à voir à la seule clarté des exposés de leurs modes de production.

Ces peintures m’interrogent aujourd’hui comme si quelque chose en elles m’avait échappé et n’avoir pas su voir ce qu’elles portaient : leurs évidences mêmes.

 

 

Aujourd’hui, j’effectuetoujours des opérations similaires, je travaille toujours les mêmes données, avec en plus toute l’épaisseur de temps qui les sépare, pour une recherche attachée aux couleurs avec des rapports qui puissent questionner, moduler, révéler des sensations visuelles, renouveler les habitudes à voir et à percevoir. 

 

Peut-être aujourd’hui, suis-je prêt à ne faire qu’un de Faucher et Fauchier ? Mais seul le travail aura permis cette réunion.

 

 

                                                                                                                                               S.F 2008/ 2015

 

 

 

 

Tentative de bio- bibliographie de Serge Faucher

 

Serge Faucher vécut à Limoges, à Marseille puis ses traces se perdent à Perpignan à la toute fin des années 70. 

 

Peu de bibliographie sur ses productions : l’article cité de Jacques Lepage, une préface du même pour une exposition collective à Nice, quelques notes de travail publiées dans le même catalogue polycopié et repris un peu plus tard pour une autre manifestation, au Goethe Institut à Marseille.

 

Un catalogue- invitation pour une exposition avec Rouan, Hantaï et Viallat à la Pierre Matisse Gallery à New York.

 

Une note dans " Art Forum " concernant cette même exposition.

Le catalogue de Impact III au musée d’Art et d’industrie de Saint-Étienne. 

 

Expositions personnelles à la galerie du Fleuve à Bordeaux en 1973, une à l’ADDA de Marseille en 1976, une à la Galerie AI6 de Perpignan en 1978. 

 

Plusieurs manifestations collectives dont les plus importantes furent le Théâtre de Nice et le Goethe Institut de Marseille en 1974, la même année celle de la Pierre Matisse Gallery à New York" Brunon, Faucher, Gauthier, Monnier " à la galerie Jean Fournier en 1976 et enfin Impact III au Musée de Saint-Étienne en 1978. 

 

                                                                   Serge Faucher 1974 2,20m x 2,30m
Serge Faucher 1974 2,20m x 2,30m