J’emploie les couleurs et les désigne de leurs noms. Ainsi, je cherche un rouge, un noir ou un vert pour peindre cette toile et, quand elle est réalisée, souvent avec des couleurs différentes de celles choisies au départ, par commodité, je la désignerai du nom de la dominante en étendue ou en importance accordée, même si son aire est réduite en comparaison à celles qui la borde.
La couleur peinte ressort de l’ensemble de celles que j’aurai employées et, dès lors je ne pourrais la nommer. Celle-ci est circonstancielle, sa venue est contenue par des rapports, d’espaces, de teintes, d’étendues, de textures et aussi de factures qui varient au gré des moments.
Je ne me contrains pas à peindre d’une façon unique ; même si mon registre de traitement est assez constant, je laisse venir, aux doutes et aux repentirs, des troubles, des ombres qui, s’ils n’altèrent pas la nature de l’espace que je conduis, font paraître des différences.
Les enjeux consécutifs à ces différences n’apparaissent pas au prime abord, tout juste laissent-ils envisager la promesse d’un déplacement dont la possibilité n’est pas encore avérée. Ce n’est qu’avec le temps, feuille sur feuille, débord sur débord, à l’accumulation, que leurs effets trouveront la possibilité de se faire sentir…ou pas.
La couleur est matériau qui conduit à la peinture, mais une peinture dont l’objet n’est pas l’exposition unique du phénomène coloré qui découlera des traitements dont elle aura fait l’objet. La couleur doit accéder à une corporalité en osmose avec la surface qui, avec elle, devient corps-couleur pour former la peinture dont elle ne sera plus dissociable, tant par extraction que par le langage.
Ce qui se voit peint avec les couleurs est autre chose que les couleurs du départ. Il faut que la couleur prenne pour atteindre son abyme qui est aussi conversion. La couleur atteinte signe la perte du nom propre.
S.F. septembre 2011