Extraits de notes de travail

 

Je suis souvent déconcerté par la simplicité de ce que je peins, pourtant, à observer et à détailler mes peintures, contre mon insistance à dresser des hypothèses de poursuite, je ne trouve rien à ajouter. Il est difficile de faire simple, cela demande concentration et retenue, et aussi du discernement pour repousser la venue de tout superflu aux effets plus tentateurs et gratifiants que nécessaires.

C’est la même chose avec les mots, les belles tournures de phrases avec leurs envolées, parfois s’avèrent décalées au regard de ce que je m’attache à énoncer.

 

Je fais des choses simples pour être à la hauteur de la complexité qui m’entoure, pour ne pas sombrer dans le littéral. Au moment du passage à l’acte, cette complexité côtoyée doit être mise à l’écart afin de pouvoir exercer mes facultés à juger et garder les mains libres.

 

La simplicité passe par une économie des moyens tenus au strict nécessaire pour que la peinture apparaisse. J’aime les couleurs plates avec peu d’épaisseurs, les matières huileuses et grumeleuses ne m’ont jamais attiré ; il faut que le fond demeure à hauteur ou, au minimum, à proximité de la couleur ajoutée. L’étendue est pour moi toujours préférable à la profondeur, la retenue à la gestuelle débridée.

Il faut glisser aux surfaces, passer de l’une à l’autre, au marquage de quelques ressauts sui suivent les traversées.

 

J’aimerais que mes peintures paraissent avec la simplicité de l’onde ou de l’éclat.

 

 

Dans chacune d’elles je m’attache à rendre présent le vide ; je dirai que je peins pour en dégager les aires, le faire monter jusqu’à ce que sa présence / absence les emplisse.

C’est en sorte présentifier l’absence à l’aune d’une disposition des couleurs qui la fera monter tout en lui ménageant place.

Le vide paraît aux blancs en filets qui séparent les ondes de couleurs ou en étendues plus vastes prises entre bordures et « Brisures » (puisque j’appelle ainsi mes larges tracés rompus).

 

Faire simple, c’est aussi pour que couleurs et le vide se côtoient à même importance.

 

Il faut être là, entièrement là, dans ces moments de parution contingente de rapports qui se jouera de pair avec le découvrement des limites.

 

Nue vue de dos, il arrive que je la perde et demeurent vains mes efforts à la restituer. Ce sont moments où je voudrais aller quelque part, donner raison à la question en densifiant la présence au détriment de la part d’attente.

 

 

                                                                                                                                 *

 

Archéologie de la peinture ?

 

Peindre instaure des gestes, découvre des couleurs à l’aune de ceux-ci, puis de nouveaux gestes à la mesure de ces couleurs ; peindre fonde la découverte et la prise en compte d’écarts qui me semblent parfois voisins de ceux qui séparèrent jadis l’homme de sa main, puis l’œil et la main afin que naisse la vision.

 

Je ne peux dire ce qui se trouve en face de moi ; je ne saurais que l’esquisser au gré des aires qui le bordent, opérer des approches seulement depuis les pourtours et la diagonale.

 

Je peins une couleur en la recouvrant mais en ne la cachant jamais tout à fait ; cette couleur se donne à ses débords, ou persiste en imprégnant celle qui est au-dessus d’elle.

 

C’est dans les marges et à son insistance que la couleur se rend présente.

 

C’est souvent la chose que je voudrais cacher qui paraîtra le plus.

De même, la couleur qui gênera, se jouant de ma volonté à l’effacer, sera la plus persistante.

De toutes les façons, je la saurai toujours là. Je verrais son ombre ou sa trace en dessous de celles que j’aurai posées afin de la soustraire à ma vue.

Elle est telle une absence, tellement criante qu’elle devient présence, un creux qui ne finit pas de s’approfondir contre tout ce qui sera entrepris pour le combler.

Il arrive qu’après avoir tout tenté pour la supprimer, je me prenne à la regretter et essayer de la restaurer.

Elle ne reviendra pourtant jamais telle que je l’avais vue, demeurera ainsi une tache, la marque de son non-avènement.

 

 

                                                                                                                                                                                  S.F. janvier 2015