Mon travail a débuté...
Mon travail a débuté avec la déconstruction et ne l’a jamais quittée. La déconstruction fut une
chance pour moi, ne sachant trop me débrouiller des formes convenues de la peinture, dans le sentiment de rejouer une scène déjà connue aux accents de désuétude.
Les joliesses bonnardisantes ou d’abstraction tachiste ne seraient jamais mon lot, tout comme me semblent aujourd’hui toutes relatives certaines esthétiques contemporaines ; mais il faut comprendre, la nécessité d’aller tellement vite et de l’avant, fait que le temps et la distance viennent à manquer.
Je n’ai pas cessé de mettre en question mes formes et moyens, interrogeant les fondements que je découvrais à mes expériences, tant pour répondre à mes exigences que pour tenter d’approcher au plus près les raisons que me conduisaient.
Ma peinture se joue toute de fulgurances et de lenteurs, de distance et d’implication, de dispersion et de regroupement.
J’ai beaucoup regardé Matisse et Cézanne, les abstraits américains depuis Pollock et les russes des avant-gardes, autour de Malevitch et Rodtchenko ; et puis les peintres de Support/surface, enfin Hantaï et Parmentier et d’autres dont j’ai croisé les œuvres ou qui m’ont accompagné depuis mes débuts : Hausmann, Bishop, Rouan…
Je suis allé chercher du côté des philosophes, Bataille, Deleuze surtout et Agamben, les poètes, Lautréamont et les ceux du XX° siècle : Michaux, Char, Reverdy et Ponge, du Bouchet… Fourcade, Royet-Journoud, mais aussi Vachey, Mazeaufroid, Guez…
Il m’arrive de penser que la peinture est finie, que son exercice est vain, mais je trouve toujours l’énergie et les moyens de poursuivre, pour rentrer à nouveau en elle, en la prenant de face ou depuis son angle mort ; je la force en poussant mes couleurs dans la surface ainsi des coins de fer dans les bûches de bois.
Ce n’est pas toujours facile, mais vivre ne l’est pas non plus. Il faut trouver l’appui et ses raisons.
Je me suis quelquefois attaché à aller dans ma mémoire chercher les empreintes ou les faits qui auraient pu déterminer des choix de formes ou de couleurs ; on trouve toujours des causes, toujours celles qui rassurent, mais je n’ai finalement rien gardé, rien retenu.
Les choses apparaissent aux effets de croisements fugaces et dans l’immédiateté. Peindre n’est pas le moyen de recomposer sa vie, mais de d’inventer le moment qui vient, afin de la poursuivre ; et peindre c’est inventer la peinture sur le moment afin de lui donner une suite.
Aller, retourner ; il faudrait que je me convainque de la vacuité de ces répétitions ou admettre, une fois pour toutes, que c’est dans l’intervalle ménagé aux effets contraires des deux trajectoires, que je dois porter mes attentions, et me fixer. Mais la fixité est impossible, incompatibles avec mes exigences envers ce que je poursuis ; aussi je dois toujours refaire, refaire encore pour parvenir à me dégager de ces engeances, tout en ayant recours à elles.
Mais l’effacement n’enlève rien, il laisse des traces et, de surcroît, sur ajoute les siennes propres à ce qui n’en finira pas pour autant à vouloir s’oublier.
Serge Fauchier 2011