Antinomie dans mon travail

…/

12

 

Antinomie dans mon travail

 

J’essaye d’accéder à une cohésion en faisant intervenir tous les éléments sensés s’y opposer, que ce soit la dispersion ou les vides, l’étirement des espacements au point qu’une menace de rupture se fasse sentir, mon attention portée vers l’extérieur dans l’attente qu’il soit activé par l’intérieur. Le choix de mes procédures de travail s’effectue, sans doute, à contrario de ce qu’il conviendrait de faire pour demeurer dans un certain entendement de la peinture.

 

Je ne changerai pas la physiologie de l’œil, mais je me plais à supposer qu’une autre façon d’appréhender le monde est possible en proposant d’autres modes à la vision. Ces modes, je n’invente pas ce qui les suscite, je me sers seulement des moyens qui sont à ma portée et des pensées qui me viennent à les réfléchir.

 

Je peins à rebours pour mettre à jour d’autres hypothèses, pour provoquer des écarts et faire des rencontres qui ne pourraient s’effectuer autrement. Au moment de prendre une décision, je pèse toujours ce qui se présente, et tente aussi de discerner à son envers la solution espérée qui, bien souvent, la contient plus sûrement que l’endroit.

 

Je m’attache à écarter les rapports de couleurs trop bavards ou suffisants. J’effectue les choix et les mises en relation de façon à ce qu’elles demeurent silencieuses. Un accord juste, mais trop criant, devient aveuglant et risque de recouvrir ce que porte la peinture.

Un engagement pictural implique, dans son jeu, une qualité particulière de couleur, cela à des degrés divers, qu’ils soient de tonalité, d’intensité ou d’étendue. J’ai pu, à divers moments de mon travail, faire des choix différents, mais en essayant toujours d’être juste au regard de ce que je voulais développer.

A vrai dire, il semblerait que ce soit la peinture elle-même qui détermine mes modes et moyens, je me plais à penser que je ne fais que la suivre.

 

…/                                                                 S.F     Septembre 2010